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PARTIE 1
Ca y est, j’y étais presque ! Encore quelques marches et la liberté m’attendait. J’étais à bout de souffle. J’aurais presque pu trouver la scène belle, avec ce clair de lune, si la douleur n’avait pas été si vive… Mais comment est-ce que j’avais fait mon compte, au juste, pour me retrouver avec une aile dans un pareil état ?
Je me souviens être revenu de ce long périple, avec mes pairs, ce long périple vers le sud… Après un bref arrêt sur une berge en Italie, pour prendre une bouffée d’air, nous avons repris de plus belle ! Et c’est là que les choses ont commencé à dérailler… Je planais lorsqu’il fallait piquer, et volais parfois beaucoup trop bas, et un jour que je planais, pas seulement dans les airs, mais aussi dans ma tête, je me pris un arbre en pleine face. Oui, en pleine gueule ! Et j’ai perdu le Nord. J'avais perdu la trace de mes congénères, de la nuée que nous formions tous ensemble…
Hébété et mon aile devenue si faible, je fus obligé de faire une halte quelque part pour la reposer un peu… Pour me réveiller le lendemain dans un nid de fortune, au beau milieu d’un jardin public… Encore un miracle que le buisson qui se trouvait là m’ait protégé de la vue des prédateurs ! J’apercevais les premières lueurs du soleil, à travers les feuilles du bosquet. D’un vert chatoyant, elles m’annonçaient la bonne nouvelle : Non, je n’étais pas mort. Mais je les avais définitivement perdus, mes camarades, c’était désormais certain. Il ne me restait plus qu’à descendre de cet arbre pour aller chercher de quoi remplir mon estomac. Je trouverais bien quelques miettes pour survivre, au bout de cet escalier, au moins le temps de me remettre… Il n’y avait jamais de vers à se mettre sous le bec sur les arbres des villes…

La colline semblait attendre, au pied levé. 

Elle ne se dressait pas comme une montagne, non, elle attendait. 

M'attendait moi ? 

Non, sûrement pas !

La colline simplement s'élevait un peu, en contrebas. 

En fait, elle n'avait pas besoin d'impressionner qui que ce soit. 

La colline simplement se tenait, là. 

Vainqueur parmi les vainqueurs, 

Couronnée par un parterre de fleurs. 

Pissenlits, fleurs des champs et violettes. 

Plantes sauvages, coquelicots, pâquerettes. 

La colline n'a pas la folie des grandeurs. 


A ses pieds, un petit étang. 

En son centre, le soleil se refléter, 

Oeil céleste. 

De la vase habille ses extrémités. 

Malhabile celui qui n'en serait pas en reste. 

Plonger, plonger en lui pour plonger en soi, 

Plonger, par une après-midi d'été, et tant pis pour la vase !

Plonger pour contempler ses pronfendeurs, un zeste de foi. 


Un écureuil traverse les sous-bois. 

Un écureuil, sans crainte aucune, à petits pas. 

Une araignée cachée dans la touffe d'un cèdre, 

Crottes de bique séchées, odeurs de lilas. 

Partons à la ceuillette de sensations, 

Sans savoir, sans histoire, partons. 

Il y a toujours une danse à mener, 

Pour partir à la recherche de la beauté. 


Quoi de mieux pour laisser, laisser ainsi, 

Dériver, digresser, divaguer, l'esprit ? 

Quoi de mieux qu'une après-midi ensoleillée pour ce genre de petites choses ? 

Oh, bonheur que de n'avoir rien d'autre à faire de laisser, laisser ainsi, 

L'âme pénétrer le vivant... Et sa prose. 


Elle avait été envoyée là-bas pour aller chercher ces chiens comme on envoie à un chien une baballe. Oui, ça ressemblait bien à cela et ça ne lui plaisait pas trop... Aller chercher des chiens en Belgique pour les revendre 10 fois plus cher... Bon, à la limite, pourquoi pas. S'il n'y avait pas eu tout le reste, ça irait. Tout le reste, oui... Pour tolérer cela, il fallait vraiment qu'elle soit dans la merde, oui... A prospecter depuis de smois sans retrouver jamais de travail... Que voulez-vous ? La dépression devait être écrite sur son front pour se faire refouler de partout comme ça ! Et pourtant, elle était toujours enjouée et joviale, même après un divorce plus que houleux. C'est bien ce qu'on demandait à une vendeuse, non ? C'est comme si ses futurs boss ne s'y trompaient pas, qu'ils flairaient en quelque sorte le désespoir et la tristesse par-delà les apparences. 

Bref, toujours est-il qu'elle avait bien sûr dû finir par accepter faute de mieux de travailler dans le chenil de son oncle, qui avait bien besoin de bras supplémentaires pour briquer la merde des cages à chiens, car la marchandise était grosse ! La compta, pas d'inquiétude là-dessus, il s'en chargeait toujours. Pour tout ce qui était affaire d'argent, bizarrement, il en avait du temps, et c'est peut-être pour cela qu'il l'avait envoyée en Belgique aller chercher ces chiots... Ces chiots qui bientôt seraient entassés dans les cages pour être rachetés en gros à prix cassés par des éleveurs ou des gérants d'animaleries de centre-ville. A prix cassés car vendus avec faux certificats de vaccination. S'il n'y avait que ça, oui... 

Et voilà que maintenant, après avoir été baby-sitter pour chiots, astiqueuse de cellules pleines de merde et vendeuse, elle deviendrait acheteuse. Acheteuse de chiots que l'on avait arrachés à leurs mères dans être sevrés en Belgique, au volant d'une camionnette immatriculée... En Belgique. Si tant est que cette plaque d'immatriculation soit une vraie, d'ailleurs ! Et il fallait aussi conduire de nuit pour se rendre dans ce fameux hangard au milieu de nulle part, sinon ça n'aurait pas été drôle, n'est-ce pas ? Oui, car la vente avait lieu à 5h du matin, avant que le soleil ne se lève et pour minimiser les chances d'être repérée... Voilà où elle en était arrivée, de concession en concession à son oncle, rodé à l'exercice depuis plus de 30 ans qu'il avait repris le chenil de son père. Rodé, oui. Tellement rodé qu'il enterrait les cadavres de chiots malades dans une fosse commune au fond de la cour comme on jette un papier dans une poubelle. Mais jusqu'où ces concessions iraient, maintenant qu'elle avait mis le doigt dans l'engrenage ? Elle qui avait commencé à travailler pour son oncle seulement 4 mois auparavant et qui en savait déjà bien trop sur les rouages de cette mafia... 

I happen sometimes to enjoy the warmth of the sun, a heat that would directly caress my skin, without passing through the ocean water. A direct caress, a bit as if the hand of God came, without beating around the bush, to spread its share of affection among its creatures. This moment is a moment of grace. I, as a sea creature, find myself in direct contact with the sky this way. And I put myself into apnea, the time to jump out of the waves, to appreciate this heat and this light, defying the law of gravity.

Along with my fellows, we like to perform these jumps, offshore the Atlantic. We often do it together, as if to show the world our presence, not with a conquering mindset though, but with a peaceful one.

Yet unfortunately it often happens that this moment stolen from our marine nature turns into a nightmare, and even into hell... Because this aquatic dance has a price and this price is the one of humans. This species, which unlike us is so belligerent and uses its intelligence to object everything it touches ! Our sonars, which allow us to communicate for miles around, unfortunately have the disadvantage of particularly exposing us to the noise of human activities, along with its daily freight and cruise ships, which forces us, most of the time , to keep ourselves back, very close to the abyss, as far away as possible from this din !

Our escapades outside the water are therefore becoming more and more rare, as globalization gains ground... And if we do venture out, as soon as we hear the sound of any engine, we are often forced to flee, because of this hypersensitivity...

It's not unususual either for us to ingest plastic or petroleum microfibers which, even if they have disintegrated, reduce our life expectancy and kill our offspring. This is also the reason why we hold back.

And it's perhaps what hell looks like for all of us, dolphins and sea creatures: this reduction in our living space, which men nibble away like an insect would do with a leaf if nothing regulates its actions... 


  Rien de tel qu'une belle feuille de laitue bien fraîche pour commencer la journée. Une feuille de laitue qui aurait été délicatement aspergée par la rosée du matin et dont la saveur légèrement amère ferait ressortir le goût du soleil... Car qui dit laitue dit printemps !

Et Dieu sait qu'il me tarde, chaque année, de promener ma carapace à travers les vallées, les jardins et les prairies... Pourvu qu'il y ait toujours quelque feuille tendre imbibée de soleil à se mettre sous la dent ! Tendre en son milieu, mais croustillante à l'extérieur, comme le coeur de ces crapules d'humains, qui souvent ne m'aiment pas trop parce que j'élis domicile dans leurs jardins et grignotte le fruit de leur travail. Ah, la propriété privée ! C'est vraiment un truc d'humains ! Mais je comprends leur colère... C'est qu'ils y ont mis, de l'énergie à répandre leurs pesticides, fongicides et j'en passe et des meilleures, pour que tout soit bien propre, tout soit bien net et que rien ne dépasse entre les plantations et les allées... 

Parfois aussi, on tue mes enfants. On les décolle sans ménagement d'un pot de fleur ou d'une goutière pour les déplacer je ne sais où... Et ces petites créatures fragiles ne supportent pas le choc ! 

Bah, on s'occupe comme on peut, lorsqu'on a la soixantaine passée... Moi je ne pense pas à m'occuper et à meubler le temps qui passe... Il passe bien assez vite, celui-là ! Mon paradis est là, maintenant, tout de suite, sur ma feuille de laitue gorgée de soleil. 

 

Etait né aujoud'hui le parti de tous les espoirs. Europe écologie les verts était le parfait produit, le parfait condensé des attentes de l'électeur de gauche moyen : une ligne sociale sans être trop révolutionnaire pour rassurer, le côté gay-friendly pour la pseudo-modernité, l'écologie comme leitmotiv pour se donner une identité. La recette était infaillible et le tour était joué ! 

En trois coups de cuiller à pot, Marine arriverait à conquérir ce territoire vaguement socialiste où le diable avait désormais élu domicile : j'ai nommé le Front National. Marine escomptait bien leur servir sur un plateau d'argent son discours bien rodé, à ces gens ignorants, en ce jour de marché à Hénin-Beaumont. Non, il ne fallait pas céder aux sirènes de l'extrême droite, de la peur et de la xénophobie, même avec un taux de chômage à 40% ! Elle allait lui expliquer, à cette brave populasse, qu'aujourd'hui samedi 21 mai, elle avait choisi le ticket gagnant en choisissant ce parti qui arriverait comme un boomerang pour bouleverser le jeu politique, une nouvelle donne oui, une version 2.0 du socialisme, la corruption en moins pour sûr. C'est que le précédent maire avait tout de même détourné pas moins de 2 millions d'euros, mine de rien, donc mieux valait-il montrer patte blanche lorsqu'on voulait faire carrière en politique et la jouer solo !

Non, vraiment, avec Europe écologie, qui arriverait un peu sur son cheval blanc dans le marasme ambiant entre escrocs et fachos, tout serait différent, elle le promettait. Elle était décidée à repeindre Hénin-Beaumont en vert et à montrer, démontrer que le méchant FN n'était pas une fatalité et que l'obscurantisme, grâce à son valeureux parti qui avait inventé l'eau chaude, pourrait être évité. 

Entourée de son armada de camarades écolos venus tout droit de Paris pour l'escorter, elle sorti ses tracts verts flashy et son plus beau sourire de vendeuse de tapis. Sous le soleil pâle du Nord de la France qui pointait son nez en ce samedi matin, elle allait faire un tabac. 

Dix ans plus tôt. La jeune Marine regarde la télé avec sa soeur et ses parents dans le grand salon de la maison, attenant à la salle à manger. Certainement pas une maison des mines, l'une des ces maisons mitoyennes sombres où l'on entend les moindres faits et agissements des voisins. Non, cette maison là était individuelle et d'une taille offrant le luxe pour elle et sa soeur de posséder chacune leur propre chambre. 

C'est que ses parents sont respectivement homéopathe et dentiste, eux dont les parents n'étaient que de simples agriculteurs ! L'échelle sociale a été gravie et ils tiennent à le faire savoir. Non pas qu'ils agissent comme des bourgeois, loin s'en faut, car cela dérogerait clairement à leurs valeurs de gauche -valeurs de tout individu éclairé ayant atteint un certain niveau social par le fruit de son éducation dirait Rousseau- mais qu'ils n'étaient pas peu fiers non plus d'avoir fait mentir les pronostics à leur sujet !

Ce soir, était un soir d'élections, justement, et les pronostics allaient bon train : Le pen, cette vieille croûte fachiste, ne passerait pas la ligne d'arrivée face à Chirac, tout le monde pouvait dormir sur ses deux oreilles ! 

Allaitée aux discours anti-extrême droite, la petite Marine regarde la télé, assise sur le fauteuil en cuir qui trône au milieu du salon, à côté de la bibliothèque. Elle regarde le débat entre un représentant du FN et du RPR ses petits verts brillants de peur, mais surtout d'excitation et d'envie. A vrai dire, elle se voit déjà en haut de l'affiche, à la place d'un des deux porte-paroles. Elle aussi pourrait un jour discourir comme cela, avec autant de bagoût, la confiance dans le regard, cette confiance nourrie par la ferveur des partisans, comme uen rock star acclamée par son public ! 

Cette confiance inébranlable lui permettant de vendre du rêve à qui mieux mieux ; oui, c'est cela qu'elle veut être, cette étoile, vendeuse de rêve mais alors une sérieuse, en costume, dont les rêves sont chiffrés, étayés à coups de statistiques et d'études bancales, peu importe en fait... Ce soir, la petite Marine a tout bonnement une révélation, emportée par l'enthousiasme de ses parents, face au duel qui s'annonce en la défaveur du FN. Mais surtout, surtout emportée par son propre enthousiasme : Après que sa famille ait gravi l'échelle sociale, ce serait à son tour de gravir une tout autre échelle, l'échelle du pouvoir. 



Elle n'était pas friande de journeaux à vrai dire, ni de chaînes d'informations en continu. 

La réalité de sa vie lui suffisait amplement et elle ne ressentait pas spécialement le besoin d'en remettre une couche avec de l'anxiété supplémentaire. Mais il se trouve qu'elle était tombée par hasard sur cet article qui relatait l'effet délétaire d'une porcherie dans le dunkerquois. Les excréments des cochons ayant contaminé les nappes phréatiques de sorte à générer des algues vertes dont se repéssait désormais la faune environnante. Pas particulièrement sensibilisée aux joies de l'élevage industriel, elle avait quand même été un peu refroidie par la balade sur la plage que lui avait proposé Claudia. 

Bon, nous étions en mai et les températures commençaient tout de même à se réchauffer, même dans le Nord de la France. Mais tout de même, cette histoire de merde qui s'était déversée dans la mer, ainsi que la centrale nucléaire et l'usine à saucisses qui trônaient près de l'esplanade où elles s'étaient donné rendez-vous pour cette marche ne l'emballaient pas des masses... 

Le décor n'était pas vraiment idyllique, mais elle avait promis et il n'y avait pas grand chose à foutre d'autre à Dunkerque un dimanche. Elles marchaient donc toutes deux sur cette fameuse esplanade en caquettant au sujet de leurs derniers déboires amoureux quand elles tombèrent nez-à-nez avec un poisson qui marchait vers le rivage de la mer. 

Oui, il se déplaçait bien, et même de façon assez rapide à l'aide de nageoires qui se dépliaient et se repliaient sur le sol au grès de ses ondulations empreintes d'une certaine grâce. Son corps, ou plutôt une sorte de tronc recouvert d'écailles scintillantes d'un violet discret qui tirait sur le gris, lui conférait une allure de star de gala. Elle pu aussi distinguer une queue orange en as de trèfle, mais ne pu apercevoir son regard, la créature étant de dos et se dirigeant trop rapidement vers son but... Mais quel était son but, justement ? 

A en juger par ce que la créature ingurgita avant de disparaître dans les flots, elle n'avait plus de mal à le deviner. Il s'agissait d'une créature mutante qui semblait se nourrir... De merde. 



Digressions bric-à-brac assumées !

Le municipalisme commence à faire entendre sa petite musique. Là où les affreux fascistes d’autrefois défendaient le localisme, l’idée est reprise, le particularisme culturel en moins, bien entendu.
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Le localisme fait entendre son écho, il se revendique de la commune de Paris, défie l’Etat démissionnaire face au mondialisme sauvage et se fait même dans certaines contrées anarchisme et survivalisme.
 .
A dire vrai, plus l’on s’enfonce dans le terroir, face la moins exposée aux aménités de la mondialisation, plus la défiance est grande, car moins le chemin jusqu’à un retour à l’auto-gestion est long.
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Seuls les agriculteurs restent campés sur leurs positions industrielles et exportatrices, culture de droite libérale oblige. Quelques-uns se convertissent au bio, parfois une révélation, souvent un bon créneau.
Mais qu’en est-il du municipalisme ? Celui qui assume l’infrastructure industrielle de la ville tout en plaidant pour la transparence politique et le bon sens écologique qu’un changement d’échelle impliquerait ?
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Oui, un changement d’échelle serait salvateur. Oui, l’Etat, comme le décrit Nietzsche avec malice, est bien une grosse sangsue que chacun vient nourrir des ambitions de son égo ; on fait la queue toute sa vie dans les palais des institutions pour être celui qu’on suivra, rien que pour un seul mandat, rien que pour un seul jour.
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L’Etat et tout ce qui a été créé sur le modèle d’une quelconque hiérarchie serait devenu obsolète. L’Etat et tout ce qui a été créé pour canaliser les ardeurs d’un peuple trop humain.
Face à cela, on fait le pari, à travers une démocratie permanente, qu’en rendant à l’humanité sa responsabilité pleine et entière d’actrice de sa civilisation, elle transcendera la quête vile du pouvoir ; elle transcendera pour ainsi dire sa condition. La responsabilité civique plutôt que le pouvoir, la citoyenneté plutôt que la politique.
 .
Moins de technocratie et plus d’humanité. C’est comme cela que l’on vient à bout de… L’humanité.
Oui, sans doute. Mais qu’entend-t-on au juste par « moins » ? Faut-il aménager le modèle industriel et la technocratie qui va avec, l’anéantir ou opérer une transition comme le municipalisme le prescrit ? Une transition vers quoi, d’ailleurs ?
 .
C’est ici, au croisement de ces épineuses questions, qu’a fleuri l’urbanisme, discipline par excellence du 21ème siècle. Discipline de crise. Anthropocène de l’affolement. Avant, on se contentait de bâtir en entassant, on faisait enfler les villes pour s’isoler de la nature et s’emmitoufler grassement dans le confort produit par la poule aux œufs d’or de la mégamachine. Des villes artificielles et sous perfusion par essence.
Tout ce que nous connaissons n’est qu’une extension de la révolution industrielle car aucune ou presque des énergies qui font battre le cœur palpitant de nos villes hédonistes n’est nouvelle. Energie électrique ? Energie fossile ? Energie mécanique ? Combustion ? Energie lumineuse ? Energie atomique. 
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L’urbanisme plaide pour une ville du moindre mal, où l’on se déplace à vélo sur une terre étouffée par le goudron. Où l’on « optimise » le tri des déchets et la « gestion de la pollution » au moyen d’une surenchère de smart-technologie. L’urbanisme veut planifier la ville pour retarder son effondrement qui est de fait devenu aussi le sien. Il a emprunté au monde des sciences ce qu'il a de plus laid : son pragmatisme, en omettant le reste. 
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Cet effondrement, c'est celui d’un empire dans la nature qui fonctionne en circuit-fermé et s’auto-nourrit : artifices d’infrastructures au service de vies artificielles. Vies artificielles qui, à mesure qu’elles se confortent dans l’hédonisme comme bonheur, légitiment la multiplication infiniment quantifiable, infiniment monnayable, des "équipements". Besoins créés de toute pièce par la mégamachine et réitérés à l’infini. Sérigraphie de l’imaginaire individuel et collectif, duplication de l’envie qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Culture industrielle, lassitude d’idées dans l’exact alignement d’un conditionnement régnant au moyen la « smart-technologie » sur toutes les « aménités » et bientôt, les soubresauts humains. C'est qu'une véritable grammaire de l'urbanisme s'est créée, transposition de la logique capitaliste à sa matérialisation suprême, j'ai nommé la métropole, la mégapole. 
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L’urbanisme ne va pas cracher dans la soupe. Il ne planifiera pas sa propre disparition, sa propre transition vers des cieux où le biomimétisme serait rendu possible grâce à la place centrale que tiendrait une gouvernance civile. L’urbanisme ne planifiera pas son propre salut car permettre la mise en place de laboratoires citoyens serait signer l’arrêt de mort des lobbies des énergies obsolètes et du béton dont il est tributaire.
L’urbanisme, au mieux, voudrait, écologie oblige, mettre en veilleuse l’étalement urbain ; le serpent de mer des territoires gentrifiés, pris d’assaut par la bourgeoisie 2.0. Les populations reléguées n’auront qu’à aller voir ailleurs dans la cambrousse avoisinante s’il y est, l’urbanisme, et ses bonnes intentions « durables ». Elles pourront toujours proposer du service à la personne aux populations vieillissantes qu’on n’ose pas tuer pour boucher le trou de la Sécu.
Au pire, il veut urbaniser le monde entier en automatisant tout ce qui peut l’être au moyen de l’intelligence artificielle, pourvu qu’il en fasse le plus vaste terrain de jeu possible, où la fête pourrait, jour et nuit, battre son plein au rythme des carcasses des âmes desséchées pullulant en son sein.
Mais qu’est-ce qui rend tout cela possible ? L’aseptisation, bien sûr. Cette fausse neutralité qui va jusqu’à ériger l’assèchement en art. Cette culture de l’utile qui voudrait dissimuler sa laideur sous le rationalisme. Cette culture, probablement la souche-même du capitalisme, est multi-visages. Ce monstre d’utilitarisme, qui se donne pour mission de voir dans chacune des particules de vie une finalité qui puisse être directement profitable a ses appartements partout. Et c’est ainsi que l’art, la discipline la moins opérationnelle et la plus spirituelle, est devenue « conceptuelle ». Et voilà que le conceptuel se change en « expérimental », terme qui sert d’alibi à la dépravation la plus grasse qui soit. Celle qui fait du narcissisme de la jouissance « expérimentale » une esthétique à part entière.
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Oui, on a beau jeu de donner dans l’anti-modernisme. Nietzsche l’a fait bien que moi, en sondant le malaise, la fébrilité d’un monde occidental qui invente des arrière-mondes à la chaîne pour se détourner de l’impétuosité de la vie. Philippe Murray avait mis le doigt sur ce qui avait pu rendre possible le renoncement : le capitalisme et le confort de vie qu’il propose en échange de son modèle d’asservissement et d'esclavagisme industriels. Hédonisme artistique des villes, allant parfois jusqu’à se revendiquer d’intentions humanitaires, sous perfusion industrielle.
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Le communisme voulait inventer une communion des hommes immanente et qui se passerait du courroux de Dieu ; qui se passerait en fait de toute approbation excepté des principaux intéressés, à savoir le peuple. Les hommes. Une transcendance qui puiserait ses fondements dans la vie, la réalité, et dans le système industriel contemporain qui va avec. Le matérialisme qui se prend les pieds dans le tapis.
Henry-David Thoreau a replacé les fondements de la vie dans la transcendance de la nature : De l’épreuve humaine de l’immensité du cosmos.
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Christian Bobin tire peut-être le trait d’union final entre immanence et transcendance ; celui qui réconcilie l’humilité de la matière et la beauté du divin en voyant un ange passer dans le sourire malicieux d’un vieillard. Petit plaisir sacré qui n'est plus terni par la dimension reproductible et quantifiable de l’infinie vacuité d’une pensée… Industrielle.


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EXTRAIT D'UN MEMOIRE DE STAGE SUR LA PRECARITE ENERGETIQUE. (LE MIEN)

Gardons cependant à l’esprit cette parole de sagesse de David Wright, glanée dans son Manuel d’architecture naturelle, qui nous rappelle qu’il n’est pas question de prôner l’herméticité vis-à-vis d’un environnement donné : « Faire preuve d'une attitude passive à propos du chauffage des locaux consiste à situer les niveaux de confort en relation étroite avec l'équilibre température/humidité le plus naturel pour un climat et une saison déterminée. Maintenir un niveau artificiel de confort sans rapport avec les conditions extérieures est néfaste à la santé : pensez au choc métabolique qu'on ressent lorsqu'on quitte un lieu trop bien régulé pour affronter au dehors une atmosphère tout à fait différente. Notre corps doit alors lutter pour s'adapter et nous éprouvons une tension exagérée, qui conduit parfois à la maladie et au dérèglement de l'organisme. »

En effet, il s’agirait de penser les bâtiments comme des écosytèmes, dont les boucles des flux thermiques et chimiques devraient être fermées, une approche similaire aux projets d'écologie industrielle dans lesquels les déchets d'une usine, valorisés par une autre, deviennent une matière première secondaire. »


Cette observation ainsi que la logique d’utilisation d’éco-matériaux s’inscrivent tout deux dans une approche plus globale et visionnaire encore, qui est celle de « biomimétisme ». Ce concept consiste à traduire dans un langage architectural les règles de la nature pour faire du bâti un élément qui soit intégré à elle et en symbiose avec elle plutôt qu’en opposition à elle, dans une optique de protection et d’isolement de l’homme de la nature ; la nature, experte en recherche et développement depuis 3,8 milliards d'années. Il s’agit ainsi de s’inspirer du vivant pour retrouver une compatibilité avec la biosphère, l’eau, l’atmosphère et les grands cycles naturels indispensables à l’existence sur Terre, au moyen d’une observation des écosystèmes vivants ; observation ayant permis de faire émerger des principes communs de fonctionnement que la nature a patiemment mis au point pour s’adapter et prospérer ; ces principes sont appelés « les principes du vivant ». Or, cette approche scientifique intègre une méthodologie d’ingénierie dépassant le simple enjeu de la forme. D’aucuns parlent à ce titre d’une nouvelle ère de l’anthropocène, initiée avec la révolution industrielle du 18ème siècle. Une ère de responsabilisation vis-à-vis de l’équilibre géologique de la planète tout entier où la technologie, pour évoquer la pensée de Gunter Anders, philosophe allemand du 20ème siècle, n’est plus pensée comme fin en soi mais à des fins éthiques ; ce faisant, il est donc question ici de « bioéthique ».


Des figures de l’architecture en avance sur leur temps comme Luc Schuiten ou Antoni Gaudi avaient déjà évoqué le concept de « biomimétisme » en d’autres termes ; Luc Schuiten avec le néologisme d’« archiborescence », concept qui consiste à s’affranchir des lignes rigides ou traditionnelles de la construction, avec une gestion différente voire même subversive des matériaux et techniques qui axe la recherche sur des maisons bioclimatiques pour le moins particulières ; ces maisons abriteraient en effet en leur sein-même des arbres, constitutifs de leurs fondations.

Antoni Gaudi, connu pour sa célèbre « Casa Calvet » et ses jardins suspendus à Barcelone parla en ces termes :

 « L'architecte du futur construira en imitant la nature, parce que c'est la plus rationnelle, durable et économique des méthodes. »

Ainsi, la rénovation énergétique n’est peut-être pas à être considérée que comme une simple opération de « réparation » du parc immobilier français, relevant strictement d’une finalité sociale et de moyen-terme en matière environnementale ; mais encore comme une occasion de tendre à un bâti résilient et avec une intégration optimisée à un écosystème.
Le film "Transcendance" nous parle d'une intelligence artificielle qui centraliserait à la fois une brillante intelligence humaine et une puissance informatique ; une intelligence artificielle qui se développerait de façon si exponentielle qu'elle finirait par énerver chaque particule de la planète pour prendre son contrôle au moyen d'une nanotechnologie intégrée, absorbée par un environnement naturel. La question qui se pose dès lors est la suivante : est-il possible de faire un usage sain de cette mise en connexion de ressources, qui s'apparente à une bombe nucléaire 2.0 ? Une intelligence est toujours orientée, toujours teintée d'idéologie. Partant de là, le film pose la question d'un pilotage éthique, et même bioéthique de l'intelligence artificielle : peut-on imaginer par exemple une régénération des forêts primaires au moyen du biomimétisme ? La nanotechnologie pourrait-elle nous rapprocher de la nature par cette rétroactivité technologique ? L'enjeu résiderait dans la mise en place d'une intelligence artificielle alternative à l'eugénisme de la Silicon Valley, dont les avancée avaient déjà commencé à être financées par des grandes firmes sous le nazisme...
De même qu'on recycle les déchets en compost pour nourrir la terre, utilisez la puissance de l'énergie négative à la meilleure fin qui soit : transmutez souffrance en amour.
        L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout et ciel
Il faut prendre conscience précisément de quel point de vue on se place : Avec le prisme patriotique, on ne fait que déplacer le problème du capitalisme en le nationalisant ; ça lui fait une belle jambe à un employé usé jusqu'à la corde de faire dans le "made in France" ! Un esclave reste un esclave, et quel que soit l'endroit géographique où il se trouve, sa condition humaine est la même : elle est nulle. Lorsque l'on est exploité, on n'a pas de temps pour penser à soi-même, et encore moins par soi-même.
Avec le prisme social, on institutionnalise une économie alternative non pas fondée sur la croissance érigée depuis la révolution industrielle en dogme, mais une économie sociale, solidaire et circulaire. En plus de relocaliser l'emploi et ainsi de favoriser les circuits-courts et la rétention de richesses au niveau local, on acte une adhésion et une transparence sur les normes sociales et environnementales. Autant dire que c'est une nuance paradigmatique de poids !
A propos de... 


En tant qu'adepte d'une spiritualité de l'immanence, je ne peux qu'adhérer à cette critique du développement durable de F. Cousin ! Mais j'insiste sur ce terme de développement durable... Il faut s'affranchir de l'anthropocentrisme, quelle qu'en soit sa forme, même la plus moraliste. Et pour cause, la nature, ou plutôt l'univers, n'a pas à être envisagé avec le prisme moral (Elysée Reclus, précurseur de l'écosocialisme et des cités-jardins) ou utilitaire (Dénoncée ici) de l'homme, elle a à être accueillie comme telle par nous, qui la composons. (Intrication quantique) Par ailleurs, F. Cousin se trompe et jette une fois de plus le bébé avec l'eau du bain dans un élan extrémiste avec son paradigme monomaniaque de "fétichisme de la marchandise" car l'écologie peut être officiellement envisagée selon trois approches selon Jacques Theys : Elle peut être biocentrique, avec une assimilation de la nature à tout ce qui est en dehors du champ humain. (Wilderness avec Henry David Thoreau) Elle peut être relationnelle comme le dénonce F. Cousin. Ceci renvoie au cadre de vie, à la notion de nature artificialisée ou non. Et elle peut-être enfin purement technocentrique et utilitaire, conception qui émerge avec l'idée selon laquelle la nature est un ensemble d'aléas auxquels il faut faire face. Une approche modélisatrice et prospective.
Là où l'on voit aussi que F. Cousin sombre dans le dogmatisme, c'est lorsqu'il essaye à tout prix de faire rentrer la réalité scientifique dans son prisme de lecture marxiste : Il va jusqu'à nier l'origine humaine du dérèglement climatique en invoquant la thèse des cycles climatiques au prétexte que la mettre en lumière s'inscrirait dans l'intérêt du grand capital. Quand bien même d'ailleurs, et alors ? Les faits sont les faits. Comme si la cause du changement climatique que nous connaissons pouvait être réduite au seul paramètre que comporte la thèse des cycles climatiques... A trop verser dans l'idéologie, F. Cousin frôle le niveau politique de Donald Trump. 

Je comprends mal comment en 2017 on peut encore juxtaposer les mots "écologie" et "industrie"... 
Quand allons-nous comprendre que la désindustrialisation en Europe est irrémédiable, et que nous devons appréhender ce phénomène comme un appel à la résilience et au renouveau plutôt que comme une catastrophe ? Cette ère nouvelle, c'est celle d'une économie sociale et solidaire qui ne conçoit plus le travail comme une fin en soi, une contrainte bien souvent abrutissante, mais comme un outil d'épanouissement qui parce qu'il est bon pour moi est bon pour la planète et la société. L'égalité des droits ne passe plus par la lutte des classes, tout simplement parce qu'il ne devrait même plus exister de classe ouvrière : Libérons les hommes de la logique de productivisme et l'aliénation qui va avec !