15 minutes. C'est le temps que je mets pour aller de chez moi vers le métro à vélo. 15 minutes à risquer un peu ma vie, sur les trottoirs si étroits et cabossés qui peut-être ne me mèneront nulle part.
Impossible de rouler sur la route, les bolides vous faisant sentir que vous dérangez, ralentissant le pas de mauvaise grâce, gros animaux pressés, et un peu trop las.
Les bolides vous intiment l'ordre de vous presser, les bolides vous collent aux basques, vous les sentez vous ordonner en silence, sans oser klaxonner...
Et moi, à bord de ma petite barque de fortune, je tente tant bien mal de voguer dans le flot constant du troupeau mal embouché. Je vogue sur la vague, tant bien que mal, sur mon vélo d'occasion, vague à l'âme ou non, véritable nymphe du macadam.
Je vogue, je roule, cheveux aux vent, esquive les poubelles, qui attendent sagement. Esquive les poubelles, qui attendent qu'on les traîne, qu'on les prenne, toujours à deux doigts de tomber dans l'océan.
Mais je poursuis sur ma ligne de crète, dignement. Je roule, je roule, toujours plus vite, vers ma destinée suprême, le métro Basso Cambo, ultime baptême.
Les poubelles, les piétons, les barrières, les étrons, n'importe quel obstacle est bien vite surmonté, par l'action de ma roue sur le bitume, et ma témérité.
Les pensées se pressent dans mon cerveau, mais où ai-je la tête ? Les pensées se pressent, un peu sur deux niveaux...
Un canal est branché sur la route, une partie de moi est à l'affût de la moindre broutille venant s'interposer, de l'intrus qui viendrait troubler le cours de ma course folle, escarmouche merveilleuse, sur le gris du sol.
L'autre est branché sur mes propres pensées, mes considérations, mes remords, mes fantasmes, mes impressions, plus invraisemblables encore !
Dans cette course folle, c'est un peu toute ma vie qui défile. Les pensées, au grès du trajet, font irruption dans ma tête, à toute allure. Elles se pressent dans mes neurones, se cognent contre le mur de mes certitudes, sans jamais, véritablement, éclore. Non, les idées ne fleurissent pas, elles éclatent, comme des bulles de savon , une bien belle fête. Non, les idées n'aboutissent pas, elles arrivent, comme elles repartent, suivant le fil de mon tracé, tout cela n'a ni queue ni tête !