- Bertrand, j'avais pourtant été claire... Nous avons un agenda à tenir, et même si cela peut te paraître dérisoire, il s'agit de notre image de marque, celle des galeries Lafayette. La directrice haussa le sourcil droit, ce qui n'était jamais bon signe.
- Je comprends, Madame, mais le gros a été fait comme convenu la semaine dernière. Regardez par vous-même, tous les éléments de décoration sont bien là, les pères Noël suspendus aux balustrades, la grande étoile suspendue au sommet du dôme, le...
- Bertrand, je me moque de ce qui a été fait. Vous vous débrouillez comme vous voulez mais je veux que cette histoire de décorations soit un non-sujet d'ici la fin de cette semaine. Le responsable régional arrive mercredi prochain et il me faut le temps de valider l'intégralité du design du magasin.
- Je vous promets Madame que tout sera en place d'ici la fin de la semaine. Donnez-moi juste le temps de me coordonner avec mon équipe pour les échafaudages... Cela prend du temps, vous savez, car nous devons prendre en compte un certain nombre de normes de sécurité afin de les installer pour ne pas nuire à la qualité de service client, ainsi qu'à...
- Epargnez-moi votre baratin, Bertrand. Cela fait plus de cinq ans que nous travaillons ensemble et je sais pertinemment reconnaître les moments où vous essayez de noyer le poisson.
- Je vous assure Madame, que...
- Faites votre boulot de technicien et ne discutez pas, un point c'est tout ! Dois-je aussi vous rappeler que nous avons le défilé dans deux semaines ? Et j'aime mieux vous dire que si Monsieur Castelbajac n'est pas satisfait par notre accueil, je vous ferai virer, esprit de Noël ou pas !
- Madame, loin de moi l'idée de vous tromper ou quoi... Il en avait perdu son latin et ne parvenait plus à s'exprimer en bon français. Cette femme était un véritable dragon et seul le salaire généreux qu'il touchait le motivait suffisamment pour rester en première ligne de technicien général et s'en prendre plein la gueule au quotidien. Il dû tout de même reprendre suffisamment ses esprits pour aborder le sujet qui fâche. C'est tout juste s'il n'avait pas peur de faire une crise cardiaque. Il prit une profonde inspiration et se lança :
- Madame, je voudrais maintenant aborder un sujet délicat avec vous... C'est simple, des frissons le traversaient de part en part et son stress était maintenant plus que visible. Il était aussi pris de tremblements réguliers et des gouttes de sueur perlaient sur ses tempes, qu'il tenta d'ailleurs de faire disparaître d'un coup de main mal assuré. La directrice le contemplait avec un mélange de curiosité, d'animosité et de dégoût. Elle retira ses lunettes Givenchy de son nez, se redressa légèrement sur sa table de bureau et poussa un long soupir pour exprimer son impatience. Il poursuivit tant bien que mal et bredouilla ces quelques mots :
- Celui de la grosse cloche...
